Le sacre de Napoléon - David

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Le sacre de Napoléon - David

Message par Pacô le Dim 23 Jan - 1:47


=> Le Sacre de Napoléon - Jacques-Louis DAVID

Enorme tableau (6.29 X 9,79 m !) peint entre 1805 et 1807 sachant que le sacre en lui-même était en 1804.
On imagine les mois et les mois de travail d'un coup d'oeil Wink.

A savoir que l'oeuvre est commandée avant le sacre lui-même puisque Napoléon Bonaparte le lui demande en septembre 1804 alors que le sacre n'a lieu que le 2 décembre.
Ce sacre est l'apogée de Bonaparte. Il est victorieux sur tous les fronts. Il vient de mettre un terme à la seconde coalition Autriche (vieil ennemi de la France révolutionnaire) et l'Angleterre à la bataille de Marengo (bataille qui lui a valu plusieurs pertes néanmoins et qui aurait pu être remporté avec plus de "classe" et beaucoup moins de victimes ... ce qui poussa ensuite l'empereur des français à revoir ses stratégies et dominer tout le monde à Ulm et Austerlitz (on ne mentionnera pas Trafalgar, seule tache dans le palmarès époustouflant de Bonaparte).

Et si on en revient un peu au tableau maintenant hein ? La scène se passe dans la cathédrale de Paris (contrairement à l'habitude où les rois étaient couronnés à Reims => Napoléon marque sa différence et souhaite établir une nouvelle lignée avec un pouvoir à Paris !). Il s'agit d'une véritable œuvre du néoclassicisme, par ses caractéristiques flagrantes (et ce désir impétueux de propagande par Napoléon).
En effet, on peut entrevoir une orthogonalité : Nous avons un axe vertical qui passe par la croix et tous les regards sont tournés vers l'empereur couronnée. Seule transcendance, le pape, avec une ligne diagonale, qui semble admirer l'impératrice Joséphine Smile (le petit vicieux niark niark) .
Ensuite, nous avons beaucoup de caractéristiques de la propagande napoléonienne. Le pape est en retrait alors qu'il était par habitude le centre des attentions des sacres royaux. Il est aussi assis et par conséquent, "plus petit" que Bonaparte ce qui dénote une infériorité de l'Église face à la puissance de l'Empire Français. De plus, il ne porte ni mitre ni tiare (symbole de la souveraineté papale) mais juste un pallium (un bandeau de laine blanche orné de six croix noirs). Et ce n'est que grâce à ceci que l'on peut le reconnaitre (et David l'a bien évidemment fait exprès). Troisième méprise: Napoléon lui tourne le dos alors que les rois étaient à genou devant lui. Tout dans ce tableau montre que le rôle du pape est minimisé et qu'il n'est là que par contrainte diplomatique : DAVID ne lui donne qu'un rôle de second plan !

David avait fait une première esquisse du tableau:
Spoiler:
Mais elle a été jugée trop condescendante par Bonaparte (à juste titre) et cela risquait de lui faire mauvaise image. En effet, se pavaner entrain de se couronner soi-même, c'est pas le top pour se faire aimer par un peuple entier. Or, au contraire, se montrer en couronnant sa femme, cela prouve les liens d'amour, ça émeut les cœurs, ça le montre sous un jour modeste etc ... et ça, ça fait monter la popularité en flèche (et ça a marché !).

Le tableau a aussi été bidouillé. Par exemple, en haut dans les loges, il y a une femme en blanc. Cette femme est la mère de Napoléon Bonaparte, qui résidait en Corse, et elle n'a jamais accepté de venir à son sacre en signe de protestation parce que ses deux fils, napoléon et lucien, s'était brouillé. Pourtant, Napoléon a tenu à ce qu'elle participe au sacre, par la peinture s'il le faut !

Enfin voilà ... que dire d'autres mis à part que le tableau ne montre pas l'immense froid qu'il faisait pendant ce sacre (nous étions en décembre !). Plusieurs invités se sont plaints de la date. En effet, la cérémonie voulait que les femmes ne portent que de simples châles ... alors imaginez-vous la température dans la cathédrale Notre-Dame, sans chauffage, avec un petit débardeur, à la veille de Noël ? Razz
Aussi, bien que Napoléon se refusait à être comparé aux rois catholiques de l'ancien régime français, il a quand même tout fait comme eux dans le rite du sacre. Il prit d'abord l'anneau, puis l'épée, le manteau, la main de justice, le sceptre et enfin la couronne (un richissime diadème, digne d'un richissime empereur aussi =/).

Voilà ... une époque lumineuse de la France (ou très sombre selon votre point de vue) car il ne faut pas oublier que Napoléon, quoi qu'on en dise, fut un dictateur qui menait des milliers d'hommes à la guerre et, indirectement, à la mort. Comme le faisait ni plus ni moins Hitler, avec le côté haine raciale en moins.

Vos avis là-dessus ? C'est toujours mieux de partager Wink .
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Re: Le sacre de Napoléon - David

Message par AliceAlasmartise le Ven 25 Mai - 15:00

Paco, j'ai commencé il y a peu (en fait, hier) des cours d'histoire de l'art (et j'ai fini, aussi)
J'avais oublié cette analyse. Et puis avec mon prof, on a choisi ce tableau, Maintenant quand je compare, je vois qu'on dit presque la même chose! Mais c'est toujours amusant de voir comment peuvent varier les analyses et les interprétations d'un même tableau.
Merci!
Bon, y a personne sur le forum, ça craint, j'ai l'impression de parler toute seule
y a des fautes d'ortho dans ton texte, cay pas bien
aller, je me tais Very Happy
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Re: Le sacre de Napoléon - David

Message par Pacô le Ven 25 Mai - 16:08

Si tu veux, j'ai encore mieux.
J'ai choisi ce tableau pour faire un dossier de sémiologie. Il est beaucoup plus complet !
Enjoy !

LE SACRE DE NAPOLEON, OU
L’ART AU SERVICE DE LA PROPAGANDE IMPERIALE

Jacques-Louis DAVID

Introduction :

À l'apogée de sa domination européenne, Napoléon Bonaparte immortalisa sa puissance par un sacre non pas royal, mais impérial, le 2 décembre 1804. Désireux de marquer les esprits de son temps, il choisit ce titre avec la ferme intention d'ancrer le prestige de l'Empire de tous les français et de diffuser sa nouvelle conception de la société.
Par conséquent, il chargea le peintre révolutionnaire et dévot affirmé de Bonaparte, Jacques Louis David, de figer l'instant de la cérémonie pour la postérité et la grandeur de sa future nation. Considéré par les historiens comme l'une des premières œuvres de propagande politique, ce tableau de 6,21m sur 9,79m est l'un des héritages français le plus visité au Louvre après la Joconde de De Vinci.
La peinture est mise au service de la doctrine napoléonienne, et son étude nous mène à une réflexion sur la relation entre l'art et le pouvoir. De ce fait, pouvons-nous envisager ce tableau comme précepte fondateur du mythe napoléonien ?
En ce sens, au sein de ce tableau comportant près de cent cinquante personnages, nous constaterons que David cherche d'une part à légitimer et crédibiliser l'Empire aux yeux de tous les français et d'autre part à diffuser l'idéologie et les principes de l'Empereur à l'ensemble de la société post-révolutionnaire.

I – Un tableau pour légitimer l’Empire

L’un des plus grands soucis de Napoléon Bonaparte lorsqu’il arriva à la tête du pouvoir était d’unifier l’Empire et surtout de le légitimer aux yeux des Français. Animé encore par le souffle de la Révolution, le peuple se devait à présent non plus d’acclamer un Roi mais un Empereur. Ce tableau est alors un hymne à la fédération impérialiste souhaitée par Napoléon Bonaparte afin d’honorer l’instauration du nouveau régime.
Par conséquent, le peintre David souligne à travers sa toile trois grandes idées qui permettent d’unir le peuple français à Napoléon et de légitimer son titre et son pouvoir.


En premier lieu, David met l’accent sur la présence de la famille de l’Empereur et l’impose comme digne dynastie de la future lignée impériale.
À la gauche du tableau, nous reconnaissons les frères, Louis et Joseph Bonaparte alors respectivement Grand Connétable de l’Empire et futur Roi de Naples, et sœurs, Elisa, Pauline et Caroline Bonaparte, de Napoléon ainsi que son neveu, le jeune Napoléon-Charles. Leur présence insiste sur leur totale dévotion à l’Empereur, au soutien indéfectible qu’ils lui apportent, et leur position, devant Napoléon, présage de l’avenir de l’Empire. L’apparente soumission et adoration des sœurs, qui sont en retrait par rapport à Joséphine de Beauharnais, n’est en réalité qu’un leurre car la vérité indique qu’elles tenaient la longue et lourde traîne de l’impératrice, ce qui avait suscité chez elles une terrible contestation durant le sacre – Joséphine aurait trébuché, entravée par son habit mal tenu par les sœurs, dans l’allée menant à la nef. Très mauvais pour l’image de l’unité de la famille, David préféra les représenter ainsi, sans exercice particulier lors de la cérémonie, et confier la tâche de demoiselles d’honneur à deux jeunes femmes fictives, corrigeant ainsi l’évidente marque de rébellion et réconfortant l’amour-propre des trois sœurs.
L’on remarque aussi, au centre dans les tribunes, la figure de la mère de Napoléon, Maria Letizia Ramolino. Celle-ci n’était pourtant pas venue au sacre de son fils, témoignant ainsi de sa désapprobation vis-à-vis des différends qui opposaient Napoléon à son frère Joseph au sujet du royaume de Naples. Pour les mêmes raisons d’unité familiale et malgré la flagrance de la réalité, David prit la liberté de la représenter assise et souriante ; heureuse et fière du sacre de son fils.
Cette caractéristique n’est pas anodine et révèle le désir de Napoléon de justifier la nouvelle dynastie des Bonaparte, comme les dynasties de l’ancien Régime.


En second lieu, David rappelle des traditions ancestrales de la France et de son ancien régime. Il sous-entend ainsi la valeur intrinsèque de l’Empire et l’impose comme un prolongement des références françaises. Pour cela, il représente la scène comme un parallèle aux illustres sacres des Rois de France.
De prime abord, l’environnement de la cérémonie fait ressurgir le caractère sacré de l’évènement. D’une part, la présence du Pape Pie VII qui bénit le nouvel Empereur par un petit geste de la main évoque les sacres royaux et tout à fait légitimes. D’autre part, le choix du lieu est volontaire : la cathédrale Notre-Dame de Paris, alors que Napoléon, se réclamant en fracture avec l’Eglise, aurait pu élire un palais ou tout autre édifice national.
Ensuite, les habits de cérémonie de l’Empereur, mais aussi ceux de ses convives, sont autant de clins d’œil aux habits royaux des souverains bourbons, employés comme référents. Les grands manteaux de velours étaient aussi ceux portés par les têtes couronnées et l’on distingue sur celui de Joséphine de Beauharnais des petites abeilles, symbole cognitif de la dynastie des Mérovingiens. De plus, le tableau est issu d’une inspiration d’un autre : Le couronnement de Marie de Médicis, par Rubens. En effet, si l’on compare les deux œuvres, l’on retrouve la disposition des protagonistes, notamment la soumission de Joséphine de Beauharnais à son mari, comme Marie de Médicis au sien. Seules les courbes de lumières ne sont en réalité pas respectées. David imprègne son œuvre d’un sentiment très altier et n’hésite pas à donner le reflet de la noblesse à la cérémonie, comme pour affirmer l’aristocratie impériale toute aussi légitime que l’aristocratie de l’ancien régime.
Pour terminer, le peintre glisse dans son œuvre différents éléments inhérents à la société d’ancien régime et chrétienne ; l’Empereur joue à un double-jeu en se parant des insignes des Rois pour instaurer le régime impérial. L’on remarque la forme de l’épée de Charlemagne dans les mains de l’évêque au centre. À l’extrême droite du tableau, Louis-Alexandre Berthier tient le globe surmonté d’une croix, un insigne présent aux sacres de tous les rois d’Europe. Mais surtout, David glisse dans le tableau les trois symboles du pouvoir absolu et divin des rois bourbons : Napoléon soulève au-dessus de la tête de sa femme la couronne en arc, qui ressemble de très près à la couronne de Louis XV. Le Pape tient dans ses bras le sceptre royal, valorisé dans les tableaux des derniers rois bourbons, comme Louis XIV. Et en premier plan à droite, Jean-Jacques-Régis de Cambacérès, prince archichancelier de l’Empire, tient la main de justice.
Ce tableau repose ainsi la légitimité de l’Empire sur des symboles ancestraux connus et reconnus par le peuple, afin de crédibiliser le régime et lui apporter toute la solennité due à ce nouveau pouvoir.


En dernier lieu, David place Napoléon comme le digne représentant de l’Empire et au centre même de la société.
La lumière centrale du tableau est le rayon visuel principal puisqu’elle valorise le couple impérial ; l’arrière-plan est volontairement assombri pour ne laisser qu’un seul et même éclat aux majestueux époux. Les courbes du tableau donnent en outre une illusion de profondeur sur eux. David fait par ailleurs un éventaire des classes politiques et sociales, comme un véritable annuaire des protagonistes importants de l’époque. Il divise par ailleurs son tableau en cinq groupes sociaux distincts. Nous avons vu à gauche la famille aristocratique de l’Empereur, avec ses frères et sœurs. À l’arrière-plan au centre, l’armée est représentée avec notamment Joachim Murat, maréchal de l’Empire. A droite, le pape est entouré des évêques et des cardinaux, dont l’archevêque de Paris qui tient une croix et qui est lui-même accompagné de plusieurs prêtres : ils représentent l’Église. En bas à droite, Talleyrand, grand chambellan de Napoléon, est aux côtés du troisième consul, Charles-François Lebrun, Louis-Alexandre Berthier, le ministre de la guerre et de Jean-Jacques-Régis de Cambacérès, prince archichancelier de l’Empire : ce sont les cadres administratifs et le gouvernement de Napoléon. Enfin, en haut à gauche, dans la pénombre, on voit les gens du peuple qui, pour la première fois, ont leur place sur un tableau de sacre.
Ces cinq groupes sociaux ont leur regard tourné vers les époux impériaux, notamment Napoléon Bonaparte, et forcent le spectateur à adopter leur point de vue. David renforce l’idée que tous sont dévoués à l’Empereur et à l’Empire, qui englobe lui-même l’ensemble de la société.


À travers de nombreuses références iconographiques et par le jeu de la peinture, David conforte la légitimité de Napoléon Bonaparte et de l’Empire au sein de son œuvre. Mais il ne s’agit pas de la seule intention du peintre qui, en se servant de cette légitimité glissée dans ses coups de pinceaux, utilise son art pour diffuser l’idéologie impériale.


II- Un art au service de l’idéologie impériale

Nous allons donc voir dans un second temps comment l'art est mis au service de l'idéologie impériale. En effet, l’œuvre de Jacques-Louis David, au delà d'un aspect fédérateur et légitime, sert également à diffuser l'idéologie et les principes de l'empereur à l'ensemble de la société post-révolutionnaire de l'époque.


En premier lieu, nous apparaît clairement la fracture qui subsiste entre l'empire et le catholicisme par plusieurs éléments distincts. Le premier vient de la position du pape Pie VII au sein du tableau ainsi que son retrait évident de la cérémonie. Il est passif et assis derrière Napoléon, et par conséquent, d'une stature plus réduite que l'empereur qui, lui, est debout. Le fait de voir Napoléon debout, se dressant fièrement face à sa femme Joséphine de Beauharnais comme s'il présidait le sacre et tournant le dos au pape, représente de façon manifeste la soumission de l’Église à l'Empire. Par tradition, et depuis des siècles, le sacre est honoré par le pape, couronnant les rois. Au contraire, Napoléon Bonaparte couronne lui-même sa femme, le pape ne tenant qu'un rôle secondaire dans la cérémonie et ne faisant qu'un simple geste de la main au lieu des habituelles triples onctions. La volonté de l'empereur est de minimiser le pouvoir de Rome sur son régime et d'écarter ainsi le Vatican de ses affaires politiques. Le tableau la traduit par une figure de style : un oxymore entre des symboles du catholicisme et les marques évidentes de son anticléricalisme. Cet oxymore est visuellement marqué par la séparation entre le laïque et le sacré au centre de la peinture. La croix tenue et brandie par l'évêque est la limite des deux mondes : à gauche de la croix se situe le côté laïc alors qu'à droite se placent les protagonistes d’Église. La position du futur empereur n'a pas aussi été laissée au hasard : on remarque qu'il regarde vers la gauche, où se situent sa famille et l'armée, tournant ainsi le dos à tout l'espace religieux de la cérémonie. Une chronologie d'est en ouest se dégage alors au sein du tableau, exprimant l'idéologie napoléonienne de mettre la religion du côté du passé. Napoléon devient une sorte de lien qui unit Dieu, symbolisé par le pape et ses dignitaires, et la société.

De plus, la tenue de Napoléon permet également de se démarquer d'une cérémonie de sacre ordinaire. En effet, il est vêtu d'un manteau rouge, couleur autrefois réservée aux empereurs, au lieu du port d'un manteau bleu, couleur traditionnelle des rois et représentants de la noblesse.


En second lieu, le tableau de David représente fidèlement la volonté de Napoléon d'être un homme puissant au service d'une société hégémonique. D'une part, Napoléon a des dimensions anatomiques légèrement plus grandes que celles de tous les autres personnages, ce qui le rend de nature plus imposante et le met en valeur. Il est situé sur une immense estrade, similaire à un grand socle de granit, et semble être la sculpture inébranlable de sa politique. Il s’agit d’une métaphore de sa ferme détermination à diriger la France et les français. Il est également situé avec sa femme au centre du tableau, tous les regards se posant sur eux. La lumière émane d'eux, tel un éclat divin : Napoléon utilise un indice fort qui le compare à Dieu. Les convives s'organisent alors autour du couple comme s'ils gravitaient autour du soleil.

La lumière vive émise correspond alors au céleste, la symbolique du blanc s'associant alors aussi bien à la pureté et à la sagesse. Le rouge vif de leurs manteaux attire également l’œil ; il représente l'amour qui lie les deux personnes, mais aussi le pouvoir, la souveraineté et le souvenir de la révolution : il symbolise alors la puissance française.

De manière plus globale, la lumière du tableau hiérarchise subtilement la société, exprimant l'importance qu'accorde Napoléon aux différentes parties stratifiées par son régime. En premier, lui et sa famille forment la partie du tableau la plus illuminée, exposée plus au centre de l’œuvre (le couple). On retrouve l'armée, se tenant derrière la famille en second plan puis le gouvernement. En dessous, les prêtres, mis à part le pape, sont repoussés à l'extrême droite du tableau, dans l'ombre, de part leur petit nombre et le fait qu'ils se tiennent derrière l'autel. Enfin, le peuple est représenté en second plan sur le balcon, assombri par le manque de clarté.


En dernier lieu, cette cérémonie rappelle celle des grands empereurs romains. En effet, le tableau en lui même, de part sa grandeur démesurée et de part sa composition, marque la diffusion d'une idée de puissance, d'une nation forte, unie et grande. La lumière révèle alors une dimension dominante, rappelant l’Égypte antique, où le dieu Râ avait adopté la lumière comme symbole de son pouvoir solaire. Cette peinture a donc une fonction à la fois mémorielle et politique : elle remémore les anciens cultes et propage une dialectique politique.

Le couronnement en lui-même prête à rappeler la grandeur des empires romains par la couronne de lauriers que porte Napoléon. En effet, depuis l'antiquité, le laurier symbolise la gloire. Les romains se l'approprièrent et il fut utilisé comme distinction honorifique décernée à un général romain triomphant.

De part la posture de l'empereur, on retrouve également des similitudes avec la grande époque romaine. En effet, la coutume voulait que chaque personnalité politique, ou encore athlète et militaire, soit représentée par une statue. Cette statue devait être imposante, avec de belles courbes et être en quelque sorte démesurée. Quelqu'un de fort était représenté avec des muscles exagérés, quelqu'un de puissant avait une statue grande et imposante, qui puisse refléter la doctrine et la détermination du chef. Dans la peinture de Jacques-Louis David, les traits de Napoléon rappellent les grandes peintures antiques, puisque l'Empereur est ici plus grand que les autres protagonistes du tableau. L’on constate un fort degré d’iconicité puisqu’il y a une forte similitude avec les sculptures grecques. Les dimensions exagérées le désignent comme l'homme le plus important de l’œuvre. Il faut noter qu’en réalité, Napoléon Bonaparte était plutôt quelqu'un de petit. Ici, il se tient droit, en prenant une posture antique, ce qui renvoie à Napoléon à un indice de puissance, de prestige et de respect.

Les tenues vestimentaires suggèrent également une mise en scène telles les gravures des palais romains. En dehors du couple impérial, c'est plutôt les toges chez les sœurs qui rappellent les habits romains et qui ajoutent des formes plastiques cognitifs latins.
Enfin, un dernier élément évoque l'antiquité : celui du décor. Malgré la cérémonie se passant au sein de la cathédrale Notre-Dame de Paris, le lieu semble davantage correspondre à celui d'un temple romain. Nous pouvons remarquer que les courbes des piliers de la cathédrale sont plus grandes, plus hautes et donc plus imposantes. Le peintre a volontairement modifié ce décor pour donner une impression de puissance et de grandeur, à l'image de Napoléon Bonaparte. Par ailleurs, nous pouvons remarquer derrière les personnages de l'Église une sculpture représentée de la couleur jaune or, qui n'existe pas en réalité et qui souligne un peu plus cette esthétique latine. L'or suggère bien sûr dans ce cas là, la richesse. Le reste de la cathédrale et notamment les grands piliers sont teintés d'une couleur ivoire : nouveau symbole de richesse. Ces deux couleurs dominent le tableau et donnent l'illusion de vivre une scène antique.

Conclusion :

Le couronnement de Joséphine de Beauharnais est le premier acte d’empereur de Napoléon Bonaparte. Véritable tableau de propagande, ce tableau illustre le désir prépondérant du régime à se légitimer aux yeux des français pour s’imposer comme nouvelle organisation de la société et remplacer l’Ancien Régime. De plus, cette peinture diffuse à son spectateur les grands principes napoléoniens ainsi que l’idéologie de l’Empire. Au-delà d’une peinture historique, de nombreux éléments cognitifs et symboliques soulignent son rôle incitatif parce qu’ils ont encouragé les français de l’époque à adorer leur nouveau monarque. Par conséquent, ils font de cette œuvre un précepte fondateur d’une doctrine politique et du mythe qui entoure encore aujourd’hui ce grand personnage de l’histoire.
Lorsque Napoléon vit le chef d’œuvre pour la première fois en 1807, il eut cette phrase : « Que cela est grand ! Ce n'est pas une peinture : on marche dans ce tableau ».

_________________
« Choisir est exclure. Que l’Empire soit intégré ou non dans notre société, chaque individu se verra ravi ou vilipendé. Espérons alors que ce choix sera réfléchi avec sagesse et que tous comprendront l’embarras du verdict. »
Sénateur Nixon, bras droit de Terrae.

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Re: Le sacre de Napoléon - David

Message par AliceAlasmartise le Ven 25 Mai - 20:54

Oh super!
Ça peut m'aider pour l'oral, plus j'ai d'infos en tête mieux c'est
Merci beaucoup! cheers
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